Marie-Antoinette: une fascination inépuisable

PAR SYLVAIN-CLAUDE FILION

Avec Napoléon Bonaparte et Louis XIV, la reine Marie-Antoinette est le personnage de l’histoire de France qui subjugue le plus, en raison de sa flamboyance et de son destin résolument tragique. Il n’est pas étonnant qu’on ne compte plus les ouvrages qui lui ont été consacrés. Incarnant à la fois le paroxysme de la frivolité et la plus digne grandeur durant les années terribles de la Révolution, elle est une inépuisable source de spéculations tant certaines facettes de sa personnalité et sa destinée semblent demeurer secrètes.

Haïe de façon démesurée par le peuple qui lui impute tous ses malheurs à l’aube de la révolution française, Marie-Antoinette d’Autriche bénéficie cependant d’une approche plus nuancée et plus indulgente depuis l’œuvre de Stefan Zweig (1932), où il humanise le personnage, relativisant ses fautes et mettant habilement en scène les véritables moteurs de sa tragédie : une cour de France parasitée par une noblesse constituée de profiteurs stupides et incompétents.

C’est dans cette tendance édulcorante que s’inscrit l’imposante biographie de Marie-Antoinette écrite par Antonia Fraser en 2001 et éditée en français chez Flammarion en 2006. On y retrace bien sûr les étapes de sa vie : l’éducation reçue dans sa Vienne natale, son passage en France à l’âge de 14 ans pour épouser un homme doté d’une personnalité diamétralement opposée (Louis XVI, homme lourdaud et introverti, peu qualifié pour exercer à vingt ans la fonction de roi qui lui échoit à la mort de son père en 1774), la recherche de plaisirs pour compenser le peu d’intimité que lui laissent les rituels empesés de la cour, son amour secret pour le comte Fersen, son impuissance à exercer quelque influence sur la politique française malgré les pressions de la famille impériale autrichienne – qui ne lèvera pas le petit doigt pour lui venir en aide plus tard – et surtout, l’admirable dignité avec laquelle elle affrontera les derniers mois de son existence qui prend fin avec sa montée à l’échafaud le 16 octobre 1793.

L’intérêt de l’ouvrage d’Antonia Fraser réside principalement dans la différence des sources auxquelles l’auteure a puisé pour reconstituer la vie de la reine : beaucoup de témoignages de nobles anglais, d’étrangers de passage et de spectateurs des débuts de la révolution. Elle rend aussi avec force détails combien la présence maléfique de ses beaux-frères Provence et Artois pouvait lui être néfaste. L’auteure étant elle-même britannique, son point de vue diffère des biographies habituelles par sa distance culturelle, une fascination évidente et même, un certain point de vue féministe. Pas étonnant que son ouvrage ait inspiré le film de Sofia Coppola, qui avait de quoi choquer les exégètes par son traitement fantaisiste à la Baz Luhrmann.

Le livre comporte cependant des imprécisions et quelques fautes historiques, malgré l’imposante bibliographie et une recherche sérieuse et fouillée. Au-delà des erreurs chronologiques (on s’étonne que la traduction française ne les ait pas corrigées), certains détails sont erronés. Ainsi, la montre qui lui est confisquée lorsqu’on la fait quitter le Temple pour l’enfermer à la Conciergerie n’est pas celle que sa mère l’impératrice Marie-Thérèse lui avait donnée, mais bien une nouvelle montre de chez Bréguet achetée par son mari après que l’originale lui eût été volée durant la journée du 10 août. Antonia Fraser semble ignorer ce détail.

C’est pourquoi les amateurs de biographies historiques préféreront peut-être l’imposante étude de 700 pages de Simone Bertière Marie-Antoinette, l’insoumise, qui brosse un tableau magistral, mais surtout, encore plus fidèle à ce que fut l’existence de cette enfant placée par sa mère à Versailles comme un pion dans un échiquier, devenue une jeune femme poussée à l’insouciance parce que son intelligence a été ignorée par l’entourage du roi, mais dont la personnalité s’affine avec l’âge – elle a été la première reine de France à véritablement se soucier de ses enfants. Le récit de la fuite à Montmédy et la capture de la famille royale près de Varennes en juin 1791 y sont d’ailleurs beaucoup mieux documentés.

Marie-Antoinette, Antonia Fraser, Flammarion, 2006, disponible à la Bibliothèque de Lennoxville.

Marie-Antoinette, l’insoumise, Simone Bertière, Éditions de Fallois, 2002, (bibliothèque de Bonsecours, disponible en prêt inter-biblio).

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